ASSOCIATION «BOMPARD-ORIOL-ROUCAS »
143 boulevard Bompard
13007 MARSEILLE
Association loi 1901
Monsieur Jean-Claude GAUDIN
Maire de Marseille
Hôtel de Ville
Place Villeneuve Bargemon
13002 MARSEILLE
RECOMMANDEE AVEC A.R.
Marseille, le 11 mars 2010
Monsieur le Maire,
La situation au 82 avenue des Roches à Marseille 7ième est extrêmement préoccupante.
Notre association vous avait déjà alerté à plusieurs reprises sans aucun effet, ce que nous déplorons.
Un permis de construire d'un immeuble collectif a été délivré en juillet 2006. Nous avons appris courant 2009 qu'un recours devant le tribunal administratif de Marseille avait été introduit en décembre 2006 par deux voisins immédiats, lequel a été retiré quelques 18 mois plus tard, prorogeant d'autant la validité dudit permis. Entre temps, la réglementation a évolué portant la durée de validité des permis de construire de 2 ans à 3 ans.
Courant août 2009, un squat s'est installé dans l'ancienne villa, à la suite duquel vous avez pris un arrêté faisant sommation au propriétaire de clore correctement le terrain et la villa. A peine quelques jours après votre arrêté, les squatters quittaient paisiblement les lieux au petit matin, et entrait aussitôt en action une pelleteuse qui, dans la journée, a anéanti totalement la villa et le jardin. Aucun permis de démolir n'était affiché pas plus qu'un permis de construire.
Depuis quelques semaines, est entré en action un énorme brise-roches, lequel excave le coteau rocheux formant pente naturelle du vallon et sur lequel était posée la maison antérieure. Le projet comporte la réalisation d'un sous-sol, ce qui va signifier trépidations et boucan infernal pendant des mois et des mois, de 8 heures du matin à 17 heures environ du lundi au vendredi. Les habitations alentours deviennent de fait invivables, sans parler des désordres susceptibles de leur être occasionnés à raison des trépidations dans le rocher sur lequel elles sont également construites.
Les précédents ne manquent pas dans le quartier. Il y a eu le chantier du 56 boulevard Bompard où pendant des mois et des mois, tout le quartier a dû endurer les trépidations et le boucan infernal des brises-roches défonçant le sous-sol. Il y a eu, pendant tout l'été 2008, le même problème au 200 chemin du Vallon de l'Oriol, suivi immédiatement après par un chantier avec brise-roches au 8 Montée Montplaisir. Le boucan généré par ces engins s'entend jusqu'à Notre Dame de la Garde. Mais à la mairie de Marseille, on semble se moquer totalement de cet aspect des choses, où on continue à octroyer et à justifier des permis de construire qui supposent d'importantes excavations sans jamais prendre en compte la nature du terrain et de l'environnement.
Nous considérons à cet égard que le cas du 82 avenue des Roches est justement tout à fait exemplaire de la légèreté manifeste avec laquelle semblent instruites certaines demandes de permis de construire dans notre Ville.
Vous m'avez dit un jour que « c'est aussi le droit des propriétaires de pouvoir disposer de leur propriété et de pouvoir y construire les immeubles autorisés conformément aux règles d'urbanisme en vigueur et pour lesquels une autorisation a pu effectivement être accordée ».
Nous, les riverains qui subissons, disons : « Le droit de l'un ne saurait anéantir le droit des autres ! Or c'est pourtant exactement ce qui se passe. D'une part, les trépidations et le boucan infernal empêchent les voisins, sur un rayon extrêmement large, de pouvoir jouir paisiblement de leur habitation ; D'autre part, la prolifération d'immeubles massifs et hauts et la destruction corrélative des jardins, altèrent irrémédiablement le cadre et la qualité de vie des habitants qui ont choisi de vivre dans ce quartier en raison de ses caractéristiques propres ».
Avec les riverains en colère, l'Association Bompard-Oriol-Roucas, laquelle se bat pour la préservation de ce site exceptionnel constitué des collines Bompard et du Roucas avec le Vallon de l'Oriol, entre Notre Dame de la Garde et la mer, considère que l'autorité administrative en charge du droit des sols et des permis de construire, doit examiner les demandes de permis de construire non seulement au regard des règles d'urbanisme en vigueur (Code de l'urbanisme et Plan d'occupation des sols), mais également au regard de l'intérêt général, et qu'à ce titre elle ne peut pas se désintéresser des conséquences de l'autorisation sollicitée, et notamment en ce qui concerne l'ampleur des travaux lorsque ceux-ci sont susceptibles d'affecter, comme c'est ici le cas, la solidité des constructions environnantes, l'équilibre naturel du sol et du sous-sol, l'écoulement des eaux, et enfin, pendant plusieurs mois, la qualité de vie des populations environnantes.
Avec le chantier en cours du 82 avenue des Roches, nous avons à nouveau un exemple de l'extrême désinvolture avec laquelle sont instruites les demandes de permis de construire par la mairie de Marseille, dont les services semblent se cantonner aux seuls critères de hauteur maximale de la construction envisagée et de nombre de places de parking créées au regard des superficies de planchers projetées.
Or il y a des réalités géologiques et environnementales à prendre nécessairement en compte, ainsi bien entendu qu'une réalité des populations déjà en place, et dont l'administration ne peut mépriser les intérêts légitimes sans commettre un véritable abus de pouvoir.
Il y a également l'intérêt de toute la Ville, dont les originalités et la diversité de ses quartiers sont aujourd'hui un des meilleurs atouts de son rayonnement et de son attractivité.
A cet égard, nous exprimons d'ores et déjà notre immense inquiétude concernant la révision en cours du PLU de Marseille, dont l'état-cible indique la volonté des pouvoirs publics de faire de l'entière commune de Marseille une immense zone urbaine où tout sera possible sans plus aucune limite en matière de hauteur des constructions et en matière d'assiette foncière (COS), à l'exception de quelques ZAC et de quelques minuscules « noyaux villageois » réduits à une église, sa place et les quelques maisons qui la bordent.
Il est clair que si de telles dispositions devaient être adoptées, les cas similaires, et certainement en pire, à celui du 82 avenue des Roches deviendront légion.
Revenant au cas précis du 82 avenue des Roches à Marseille 7ième, notre association, ainsi que la population rassemblée hier après-midi devant le chantier, vous demandent solennellement de prendre les dispositions pour qu'un terme soit enfin mis à l'octroi d'autorisation de construire conduisant à ce type de situation, et demandent à la Mairie de Marseille qu'elle assume les conséquences de la situation actuelle qu'elle a contribué à créer, en prenant de toute urgence les mesures suivantes :
- contraindre le maître d'ouvrage à faire établir une expertise géologique du terrain concerné et des terrains riverains, et ordonner la publication des résultats. Cette expertise, outre qu'elle devra dresser un état des lieux des sols et sous-sols, devra dire si les travaux déjà réalisés, et ceux envisagés, ont porté ou seront susceptibles de porter atteinte aux équilibres antérieurs et actuels, et faire mention de tous les risques directs et indirects.
- dans le cas où les travaux s'avéreront pouvoir être poursuivis, prendre les mesures de police utiles pour limiter au maximum les nuisances occasionnées aux riverains, notamment en limitant aux créneaux horaires 10 heures-midi et 14 heures-17 heures l'utilisation du brise-roches du lundi au vendredi, et contraindre le maître d'ouvrage à faire un suivi minutieux et permanent des constructions à proximité du chantier.
Vous remerciant par avance de votre attention, je vous prie d'agréer, Monsieur le Maire, l'expression de mes sentiments distingués.
Le président de l'Association « Bompard-Oriol-Roucas »
Serge PAROT
Copie : Monsieur Patrick MENNUCCI, Maire du 1er Secteur.